Les ex-otages d’Arlit de retour en France (Revue de Presse)

Capture d’écran 2013-11-28 à 13.52.46

Mardi 29 Octobre, François Hollande a annoncé à Bratislava (Slovaquie) la libération des quatre otages français travaillant pour Areva, enlevés le 16 septembre 2010 à Arlit au Niger par l’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique).

Mardi soir ils ont été rejoint par Laurent Fabius (le ministre des Affaires étrangères), et son collègue de la Défense Jean-Yves Le Drian à l’aéroport de Niamey (Niger). Le lendemain, les quatre ex-otages Thierry Dol, Daniel Larribe, Pierre Legrand et Marc Féret sont arrivés en France à l’aéroport de Villacoublay (Yvelines). Le président les y a accueillis en évoquant une «immense joie» et saluant «leur courage».

Cette libération pose plusieurs problèmes. Tout d’abord, le mystère plane sur les détails des négociations bien que le gouvernement français récuse le versement d’une rançon, tout du moins avec de l’argent public. Puis, notons que leur libération après trois ans de captivité intervient à un moment où la cote de popularité du président est au plus bas. En effet, son gouvernement a décidé de suspendre l’écotaxe sur les poids lourds qui sonne comme un énième renoncement. Bien que le calendrier semble avantager le président français, le héros de cette libération est plus le chef d’Etat nigérien.

Un dossier qui traine depuis septembre 2010

Le 16 septembre 2010 : Sept personnes (5 Français dont une femme, un Togolais et un Malgache) sont enlevées à Arlit, site d’extraction d’uranium dans le nord du Niger. Il s’agissait de collaborateurs des groupes français Areva et Satom (filiale du groupe Vinci).

Le 21 septembre 2010 : Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) revendique l’enlèvement des cinq Français. La France de son côté confirme être prête à « engager le contact à tout moment » avec Aqmi mais affirme qu’une opération militaire n’est pas à l’ordre du jour.

24 février 2011 : La Française, le Togolais et le Malgache sont libérés « en territoire nigérien » (source sécuritaire à Niamey). Mais les quatre Français (Thierry Dol, Daniel Larribe, Pierre Legrand et Marc Féret) restent détenus. En Mars, Aqmi réclame « au moins 90 millions d’euros » pour leur libération, demande rejetée par la France.

Le 11 Mai 2013 : Le président nigérien Mahamadou Issoufou affirme que les otages sont vivants, tout en reconnaissant ignorer leur lieu de détention. Une semaine plus tard, François Hollande indique que la France est prête à reprendre tous les contacts, interrompus après l’intervention au Mali, pour favoriser leur libération.

24 octobre : Des sources sécuritaires régionales à Gao (nord du Mali) font état de la présence d’émissaires dans le Sahel pour « accélérer les négociations en vue de la libération des otages français ». La France dément formellement.

29 octobre : François Hollande annonce la libération des quatre otages français. Les ministres Laurent Fabius (Affaires étrangères) et Jean-Yves Le Drian (Défense) sont à Niamey et se préparent a embarquer avec les ex-otages pour l’aéroport de Villacoubay.

Une libération largement relayé à travers les mots des politiques

Quel a été le jeu des politiques autour de cette affaire ? Qu’elle image des ex-otages a été relayé. Pour ce faire je me base sur des propos recueillis par le Parisien.fr entre autre :

C’est tout d’abord à l’image de héros que sont associés les ex-otages. Le ministre de la Défense salue leur courage en évoquant sur France 2 leurs tentatives d’évasions. Le Président aura lui aussi quelques mots pour eux : « Je veux saluer leur courage. Trois ans d’épreuves, d’attente, de courage. Ce sont de grands citoyens français qui ont fait honneur, durant leur captivité, à la France ».

Lors de la séance des questions au gouvernement, le Premier ministre salue « le travail discret, courageux, dangereux de tous ceux qui ont été au contact pour essayer de tout faire pour la libération de nos otages ». Listant les noms des sept Français toujours retenus en otage dans le monde, Jean-Marc Ayrault assure : « Pour eux aussi, l’engagement total du président de la République, de tout le gouvernement, de toutes les autorités française et de toute la représentation nationale ». Les héros passent ainsi au second plan avec la mise en avant de tout ceux qui ont travaillé à leur libération.

Enfin, le courage des otages semble devenir par récurrence le courage du chef de l’Etat comme on peut le voir à travers les mots de François Rebsamen, président du groupe socialiste au Sénat, qui salue l’action du président « courageux ». Sur BFM TV, il insiste sur son l’importance de « saluer la diplomatie française, l’action du président de la république, un président qui ne lâche rien et qui est courageux ».

Une figure clef dans les négociations : Mahamadou Issoufou

Sur TF1, Jean-Yves Le Drian explique qu’ « Il y a eu une initiative prise par les réseaux du président Issoufou qui a permis une libération sans heurt ». Information confirmé par une interview du chef de l’Etat Nigérien pour le Parisien : les otages « ont été récupérés au nord du Mali par nos propres équipes nigériennes ».

Les négociations ont été menées et conclues par le clan des Iforas, des Touaregs du Mali et du Niger. Et bien que l’on soupçonne le paiement d’une rançon, il ne serait que l’aboutissement de longs mois de tractations, de revirements et de discussions. Très vite, les services français s’étaient rendu compte que les négociateurs habituels de ce genre de dossiers piétinent. Ces tâtonnements vont durer près de deux ans.

Interrogé par le Figaro, un proche du dossier assure que « La lecture tribale est très importante ». Début janvier 2013, l’armée française débarque au Mali sans savoir où se trouvent les otages, qui sont régulièrement déplacés et le plus souvent détenus séparément. Cette offensive éclair française désorganise Aqmi. Abou Zeid, un puissant chef d’Aqmi qui détient les otages, doit fuir. Sa mort en mars à l’extrême nord du Mali, précipite le sort des otages entre les mains de ses «héritiers». Notamment un certain Abdelkrim el-Targui. Ce dernier conduit les captifs dans une zone plus sûre à ses yeux, tout à fait à l’ouest du Mali, dans la région des trois frontières, près de l’Algérie et la Mauritanie. À la tête d’une katiba (unité de combat), ce Touareg est l’un des rares Maliens d’Aqmi.

Au début du printemps 2013, les pourparlers reprennent. Le chef de l’Etat du Niger Mahamadou Issoufou, relance son équipe de négociateurs avec l’accord des Français. Ces discussions sont conduites par le général Lawel Chékou Koré et surtout par Mohammed Akotey. Ce dernier est aussi un Touareg Iforas et a des contacts sérieux avec Abou Zeid et son entourage.

Cependant, on peut se demander si cette mise en avant des acteurs Nigériens n’est pas là pour cacher une autre réalité de cette libération, comme le paiement d’une rançon.

La question épineuse sur le prix de la libération des otages

La polémique de la rançon serait parti selon le Huffingtonpost de la déclaration d’une journaliste d’Europe 1 au sujet d’un accord qui aurait été conclu dix jours plus tôt avec une contrepartie financière. Puis, cette question est relayé par tout les journaux et leur support internet comme le parisien.fr, libération.fr, le figaro.fr etc.

Mais c’est surtout le journal le Monde qui fait le plus de bruit. Selon lui, « il a été convenu à l’avance que les ravisseurs devaient d’abord regrouper les quatre otages (…) les preneurs d’otages devaient ensuite échanger l’argent contre les coordonnées GPS permettant de localiser les quatre Français ». L’éventuelle rançon payée pour la libération des otages pose le problème des moyens que les Etats sont prêts à engager pour obtenir leur libération. Citant une « source française », Le Monde croit savoir que « l’argent a été prélevé sur les fonds secrets alloués aux services de renseignement ». Cependant, selon les déclarations de Pascal Lupart (président du comité de soutien de Serge Lazarevic) pour l’AFP : « On se doute bien que c’est Areva qui a payé pour la libération des otages d’Arlit de la même façon que c’est GDF Suez qui a payé pour celle de la famille Fournier en avril 2013 au Nigeria ».

En réponse à ces affirmations, l’entourage de François Hollande a réaffirmé que « La France ne verse pas de rançon ». Pourtant, des sources proches des négociateurs nigériens assurent qu’entre 20 et 25 millions d’euros ont été versés. Une position qui reprend celle de l’ex-président Nicolas Sarkozy, qui déclarait en mai 2011, en évoquant la libération des trois otages (la française, le malien…) d’Aqmi deux mois plus tôt : « L’Etat français ne paie pas de rançon et ne cède pas aux chantages. C’est une question de principe. Mais il y a un autre principe auquel je suis attaché : toute vie est sacrée ». M. Sarkozy confirmait ainsi en pointillés qu’une rançon avait pu être versée, cette fois par Areva.

Une autre piste que le versement d’une rançon existe selon l’AFP citant une source touareg proche du dossier. Celle-ci serait la garantie de l’impunité pour le chef du groupe islamiste armé Ansar Dine , Iyad Ag Ghaly, en échange de la libération des quatre otages français du Sahel.

L’inquiétude des familles des otages restés prisonniers

Cette libération suscite l’inquiétude du comité de soutien pour les autres otages. Diane Lazarevic s’est dit «très contente» de la libération des otages d’Arlit. Mais sa joie a un goût amer car son père, Serge, est toujours détenu dans le désert malien. De son côté Pascal Lupart, président du comité de soutien de Serge Lazarevic a exprimé « une énorme angoisse pour les autres otages ». Il a rappelé que Philippe Verdon, enlevé en même temps que Serge, avait été retrouvé mort, tué d’une balle dans la tête début juillet 2013 dans le nord du Mali. Il a aussi fait part de son inquiétude pour un autre Français, Gilberto Rodriguez Leal, enlevé fin novembre 2012 également au Mali.

Pourquoi maintenant ?

Certe il y a eu une accélération des négociations comme le relate de nombreux journalistes, mais c’est un hasard du calendrier si la libération coïncide avec un nouvel échec politique du gouvernement (éco taxe). Dans le Figaro, une interview de la journaliste Dorothée Moisan, auteur d’un livre sur la gestion des kidnappings, nous apprend que :  » La situation s’est débloqué plus rapidement ces derniers mois grâce au changement des négociateurs ». Comme nous l’avons vu plus haut, il s’agissait d’une filière touareg de l’Aqmi. Il y a donc eu un vrai changement de stratégie, qui s’est illustré par un changement d’hommes. Les autorités françaises se sont détournées de Jean-Marc Gadouillet qui avait été mandaté comme négociateur par Areva et Vinci. Celui-ci a été remplacé par Mohamed Akotey, le négociateur du président nigérien.

Le deuxième élément de réponse pourrait être l’influence française au Mali qui a quand même pesé dans la balance. Selon un article du Figaro : « Les chefs touaregs cherchent à se replacer dans le jeu politique malien et à gommer la mauvaise image de ces derniers mois. La France a une vraie influence au Mali en ce moment. Elle a beaucoup à offrir, et puis elle a aussi son armée sur place, ce qui lui permet aussi d’être crédible dans ses menaces ». Cette libération, bien que bénéfique à la popularité de François Hollande, ne serait dû qu’au hasard du calendrier. Au final ceux qui répondent le mieux à la polémique sont encore les otages et leur proches : « Penser aux autres familles ».

Le dérapage de Marine le pen

Mais ce qui marque surtout les esprits c’est la « maladresse » de Marine Le Pen sur Europe 1 : « On avait l’impression d’avoir des images d’hommes qui étaient très réservés (…) les deux qui portaient la barbe taillée d’une manière assez étonnante, l’habillement était étrange (…). Tout ça mérite peut-être quelques explications de leur part ».

Toute la presse s’emballe, la poursuivant jusqu’au salon du chocolat où prié de préciser si elle suggérait par là que les quatre hommes avaient été « islamisés » elle se dérobe : « Je ne suis pas psychiatre (…). Je vous exprime le sentiment que j’ai eu (…). Je n’irai pas jusqu’à faire des théories, je ne serais pas dans mon rôle. » Un peu plus tard sur RTL elle revient sur cette maladresse expliquant qu’elle voulait dénoncer par là une »instrumentalisation » des otages encore « affublés des symboles de leur détention ».

Condamnée de part et d’autre de l’échiquier politique, Marine Le Pen continue à faire des vagues ! Mais ce qu’il faut retenir de cette polémique c’est qu’elle fait de l’ombre à l’inflexibilité de François Hollande sur la taxe à 75 % vis à vis des mécontentements dans les club de foot. Comme quoi, la libération des otages n’aura pas vraiment eu des effets positifs pour ce président mal-aimé !

Crédit photo : Capture d’écran des images de l’émission La Nouvelle Édition sur Canal + datant du 30/10/13.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s